09H30
De Qiu Jiongjiong
Chine (Hong-Kong) – 2021 – Comédie dramatique – 3h - VOSTF
Avec Yi Sicheng, Guan Nan, Qiu Zhimin...
Grand acteur-clown de l’opéra du Sichuan, Qiu Fu n’est plus. L’artiste quitte à contrecœur la vie terrestre pour le monde souterrain, où il est accueilli par Tête de Bœuf et Visage de Cheval, les deux gardiens du lieu. Alors qu’il revit une dernière fois ses souvenirs avant d’entrer dans l’Au-delà, cinquante années d’art, de lutte et d’amour défilent sur fond d’histoire tumultueuse de la Chine du XXe siècle… Voilà un film somptueux, un grand moment de cinéma, une fresque, une épopée tragi-comique aux accents burlesques, tournée en studio dans des décors assumés comme un hommage à cet art et à ses artifices, apanage illusionniste propre aux arts de la scène et au cinéma. Le film, qui date de 2021, au Festival des 3 Continents et à Locarno. Mais il n’est sorti que cette année, vraisemblablement en raison de sa censure en Chine. Sans doute le film a-t-il une dimension politique. Pourtant, au-delà de sa dimension critique, il est avant tout l’affirmation de la dimension transcendantale de l’art, ici de l’opéra chinois : Qiu Fu va tout oublier de son existence, mais il n’oubliera pas l’opéra. Le monde passe, l’art de sa représentation reste.

Qiu Jiongjiong, né en 1977 dans la province du Sichuan, signe ici son septième film, et cependant sa première fiction. Comme documentariste, il est reconnu pour la rigueur impartiale de son regard sur les problématiques contemporaines de la société chinoise. Il est aussi un artiste-plasticien, alliant peinture et vidéo, et a exposé à travers le monde entier. Dans A New Old Play, il s’inspire de la figure de son grand-père, qui fut lui-même clown d’opéra.
10H30
De Ugo Bienvenu
France – animation, science-fiction, aventure – 2025 – 1h28 – Tout public, dès 7 ans – VF
Sélection jeune public Récompense : Cristal du long métrage au Festival d’Annecy
Avec les voix de Swann Arlaud, Alma Jodorowsky, Margot Ringard Oldra…
En 2075, une petite fille de 10 ans, Iris, voit un mystérieux garçon vêtu d'une combinaison arc-en-ciel tomber du ciel. C'est Arco. Il vient d'un futur lointain et idyllique où voyager dans le temps est possible. Iris le recueille et va l'aider par tous les moyens à rentrer chez lui. On est ici projeté dans deux visions contradictoires du futur : un monde lointain et utopique, celui d’Arco, et le monde d’après-demain et dystopique, celui d’Iris. Il y a donc, autour de l’angoisse écologique, motif central du film, une double perspective, d’alerte, d’abord, mais d’optimisme, également. Cela fait d’Arco un film très personnel mais où l’on prend plaisir à deviner les réminiscences « ghibliennes » - Le Voyage de Chihiro, Porco Rosso - d’un réalisateur en partie nourri de Miyazaki, et dont l’animation, rigoureusement, reste fidèle aux principes de la 2D du maître japonais. Cerise sur le gâteau : à la fin du film, une scène semble réserver une étonnante surprise au spectateur lotois !
Ugo Bienvenu est diplômé de l’école des Gobelins et de la CalArts (Disney), mais il crayonne depuis son plus jeune âge, date sa passion pour le dessin de sa découverte de Dragon Ball et sa vocation de celle de Princesse Mononoke. A 38 ans, il aborde tous les domaines de l’art graphique, depuis la BD – Grand prix de la critique 2020 à Angoulême pour Préférence Système) en passant par le court-métrage, la publicité, les affiches…
Dégustation de vin avec Emmanuel Costa Sédille -
Puisque Cinédélices est avant tout un festival hédoniste, l’ensemble des sens seront mis à l’honneur pour cette édition. L’invitation est lancée à redécouvrir le vin au travers d’une dégustation spéciale orchestrée par Emmanuel Costa-Sédille, directeur de publication de la revue Le Rouge & le Blanc.
14H00
De Baltasar Kormákur
Islande – 2025 - Romance – 2h01 – VOSTF
Avec Egill Olafsson, Pálmi Kormákur Baltasarsson, Kōki
Au crépuscule de sa vie, Kristofer, un islandais de 73 ans, se met en tête de retrouver la trace de Miko, son amour de jeunesse. Il s’envole alors pour Londres, à la recherche de ce petit restaurant japonais où ils se sont rencontrés cinquante ans plus tôt. Kristofer l’ignore, mais sa quête, à mesure que les souvenirs refont surface, va le mener jusqu’au bout du monde. Il y a le plaisir des langues, le plaisir de la cuisine japonaise, le plaisir de la quête, et puis surtout celui de cette histoire d’amour nourrie d’une nostalgie assez bienveillante pour n’avoir jamais condamné les personnages à vivre une vie de regrets ou de fantômes. Il y a un temps pour vivre et un temps pour se retourner vers le passé. "Je regarde les jours enfuis, précieux, de mon cœur, ces souvenirs si doux restent avec moi jour et nuit." On entend plus d’une fois cette rengaine, dans le film, qui nous rappelle à tous que nos souvenirs – le premier amour en fait partie - nourrissent l’instant présent et qu’ils peuvent le faire de façon heureuse. Et pourtant, au tournant de la quête d’un passé énigmatique, Kristofer mesure tout à coup l’impact que l’histoire aura eu, sans qu’il ne l’ait jamais su, sur son destin personnel.
Baltasar Kormákur intègre le Théâtre National Islandais en 1990, après des études d’art dramatique. A son répertoire Shakespeare, Ibsen, Tchékov, Dostoïevski … Au tournant de l’an 2000, il réalise un premier film, 101 Reykjavik, dont le succès est mondial. Aux États-Unis, il tourne des films de genre, des « thrillers de survie », comme The Deep en 2012, Beast en 2022.
14H15
De Namir Abdel Messeeh
France / Égypte – Documentaire – 1h16 – VF
Sortie nationale le 28 janvier 2026 - Récompense : ACID Cannes 2025
Il y a des silences qui résonnent plus fort que les mots. La Vie après Siham ouvre ces espaces intimes où le deuil devient murmure et mémoire. Lorsque Siham s’éteint, Namir ne peut accepter qu’elle soit partie. Pour lui, une mère est immortelle. Alors le cinéaste entreprend un voyage au cœur du souvenir : entre la France et l’Égypte, entre archives, images familiales et cinéma de Youssef Chahine, il tisse un pont entre ce qu’était Siham — épouse, mère, étrangère parfois — et ce qu’elle continue d’être, dans chaque plan, dans chaque regard. Ce film est une douce traversée : celle du temps qui cicatrise, de l’absence qui ouvre un espace de vie. La caméra de Namir ne cherche pas à combler le vide, mais à écouter la lumière qui persiste. Entre mélancolie et tendresse, humour discret et confession, se joue le récit universel de ceux qui restent, apprennent à voir ce qui ne s’efface pas. La Vie après Siham est un souffle, une caresse, une promesse : vivre, malgré tout, à travers la mémoire et l’amour.
Né à Paris en 1974 dans une famille égyptienne copte, Namir Abdel Messeeh construit une œuvre singulière entre documentaire et autofiction. Diplômé de la Fémis, il filme avec tendresse et humour les liens entre mémoire, identité et croyance. Son premier long métrage, La Vierge, les Coptes et Moi (2011), remarqué à Cannes (ACID), a révélé un regard à la fois intime et universel. Avec La Vie après Siham, il poursuit son exploration du lien maternel et de la transmission, mêlant le réel à la rêverie, dans un cinéma profondément humain et lumineux.
16H00
De Lyne Charlebois
Canada (Québec) – 2025 – Drame – 1h39 – VF
Avec Alexandre Goyette, Mylène MacKay et Rachel Graton
Dans les années 30 au Québec, le Frère Marie-Victorin, surtout connu comme fondateur du Jardin botanique de Montréal, se lie d’amitié avec son étudiante Marcelle Gauvreau, qui deviendra sa collaboratrice. Alimentée par un amour de la religion et une fascination envers la nature et la science, leur relation évoluera en un échange épistolaire, dans lequel ils explorent les désirs. L’agilité du film repose sur la mise en abyme de son dispositif : les acteurs tiennent un rôle d’acteurs qui jouent les personnages. Ainsi toute cette histoire d’amour exemplaire se lit à l’aune de notre comportement amoureux d’aujourd’hui. Ce qui se vit entre Marcelle et Marie-Victorin, c’est l’alliance étonnante de forces souvent contraires : celles de la passion amoureuse, de la foi, de la morale, de la sexualité, de ses pulsions, de l’éthique scientifique, de l’âme et de la conscience. Et si nous étions tentés de voir dans cette histoire une fable utopique ou désuète, cette mise en abyme nous rappelle qu’elle demeure d’une modernité qui nous met sans doute à la traîne, qui nous rend presque désuets. Un film sur le plaisir qui prend Oscar Wilde - « Tout dans le monde est une question de sexe, sauf le sexe. Le sexe est une question de pouvoir » - à contre-pied : qui rend ici le sexe à sa belle nature épicurienne.
Lyne Charlebois est une artiste éclectique : dessinatrice, photographe, affichiste, elle entre en cinéma par l’art du clip et en tant que photographe de plateau. Comme réalisatrice, elle œuvre aussi bien pour la télévision – Eaux turbulentes, mini-série de 2019 – que pour le cinéma. Après Borderline en 2008, Dis-moi pourquoi les choses sont si belles est son second long-métrage.
16H15
D’Antoine Lanciaux
France – 2025 – Animation, aventure – 1h17 - Tout public, dès 6 ans - VF’
Avec les voix de Lucie Léontiadis, Anton Souverbie-Giogis, Marina Le Guennec...
SÉANCE JEUNE PUBLIC
Lorsque Lucie, 9 ans, arrive à Bectoile pour les vacances, elle n'a aucune idée des aventures qui l'attendent ! Sa mère Caro y mène des fouilles archéologiques avec son collègue Pierrot. Cette dernière a grandi dans ce même village qui est aussi le théâtre d'un secret de famille que Lucie s'apprête à découvrir. Guidée par un couple de mésanges et avec l’aide de son nouvel ami Yann, Lucie est bien décidée à se plonger dans son histoire familiale. Des sous-sols d'un château en ruine à une vieille caravane oubliée à l'orée des bois, cette aventure les mènera de surprises insolites en fabuleuses découvertes ! Entre le village, la ferme, le château, la forêt – il ne manque que les vignes – on se croit presque dans la campagne lotoise, le temps d’un été de vacances. Et les enfants le savent – ceux que nous fûmes aussi ! - c’est un espace-temps propice à se créer une sorte de vie parallèle à celle des adultes, à remplir les vides et les non-dits de ces grandes personnes qui expliquent le monde de façon si imparfaite ! Et les enfants ont de la ressource ! Le film a été animé dans les studios Folimage (Kirikou, Brendan et le secret de Kells, Les Triplettes de Belleville…) selon la technique traditionnelle du papier découpé et la « simplicité » apparente du procédé artisanal émerveille pour ce qu’elle entraîne le spectateur par sa propre dynamique imaginaire.
Antoine Lanciaux a intégré l’équipe de Folimage en 1991. Adaptateur, storyboarder, il assiste notamment Michel Ocelot sur Les Contes de la nuit, en papier découpé – technique reprise plus tard pour Neige, co-réalisé avec Sophie Roze, puis Jacques-Rémy Girerd, comme co-scénariste sur La Prophétie des grenouilles et Mia et le Migou. Au scénario et à la réalisation, il collabore très souvent avec Pierre-Luc Granjon, notamment pour Les 4 saisons de Léon, selon la technique des marionnettes animées.
18H300
De Juho Kuosmanen
Finlande – 2012/2025 – Comédie dramatique – 1h01 - VOSTFR
Avec Seppo Mattila, Outi Airola, Jaana Paananen, Aku-Petteri Pahkamäki, Juha Hurme
A Kokkola, charmante petite ville finlandaise non loin du cercle arctique, ce ne sont pas les déjantés qui manquent ! Comme Romu-Mattila, un marginal qui décide de partir s'installer en Suède avec son chien, des trafiquants d'alcool accompagnés d'un cochon ou encore une gardienne de phare qui rêve de se lancer dans une grande aventure spatiale. Par sa forme, le film semble dialoguer avec l’hommage de Thierry Frémaux aux Frères Lumière, et saluer les pionniers du 7e art, notamment Méliès. C’est un ravissement : Kuosmanen nous ramène à la magie du cinéma, aux trucages, aux décors, à notre complicité de spectateur. Certains parmi nous y verront des échos à certains opus d’Aki Kaurismäki ; d’autres se rappelleront en plein film la veine burlesque d’Arto Paasilinna et de ses personnages fantasques.
Après Olli Mäki en 2016, Juho Kuosmanen se révèle avec Compartiment N°6, Grand Prix au Festival de Cannes 2021, mais il fréquentait depuis longtemps les festivals avec des courts-métrages renommés, Roadmarkers, Citizens et The Painting Sellers. Aki Kaurismäki dit à son propos : « J'ai attendu trente-cinq ans mais j'ai enfin, avec toi, un collègue dans le cinéma finlandais. »
Cette séance sera précédée par la projection du court-métrage
« La vie rêvée des belettes à paillettes »
de Melha Mammeri
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Comme la tradition l’exige, cette nouvelle édition de Cinédélices se clôturera à l’occasion d’une soirée animée en musique par le trio the Ex Virgins .